Avez-vous remarqué? Il neige, les routes sont bloquées, les transports en commun sont désorganisés. C’était le bordel ce soir, non? La propriétaire de ma garderie n’a rien vu, elle!
Mon fiancé est arrivé en retard de 10 minutes à la garderie. L’autobus a été obligé de changer son trajet habituel. Et v'lan! l’éducatrice lui colle une amende de 3 dollars pour son vilain retard. Méchant papa!
Aussitôt informée de la situation, j’appelle la pas-très-sympathique propriétaire de la garderie privée que fréquente mon fils (celle-ci n’est pas éducatrice, mais entrepreneure). Je fulmine (pas pour la somme, pour le principe!)-Bonsoir, je suis la maman de Fiston (faut protéger son identité à ce petit). Nous sommes très offusqués car votre éducatrice nous a collé une amende de 3 dollars pour un retard de 10 minutes alors qu’il y avait une tempête de neige.
-Très bien madame, je vais voir ce que je peux faire et je vous rappelle.-C’est tout? Vous trouvez que c’est normal?
-Ben, euh…
- Vous n’écoutez pas les nouvelles, vous ne regardez pas la télé? Il neige, les routes sont bloquées….
-Je trouve que votre manière d’aborder ça est ridicule! Vous n’avez pas à m’insulter!
-Écoutez, je me sens un peu offusquée de me faire coller une contravention alors qu’il y a une tempête de neige. C’est moi qui devrait se sentir insultée (le ton a monté, mais la discussion est demeurée civilisée).
À l’automne dernier, la propriétaire de la garderie a décidé d’augmenter ses tarifs et de réduire les heures d’ouverture. Au lieu de fermer à six heures, son service de garde non-subventionné allait désormais fermer à 17 h 45. J’ai contesté, d’autres parents ont fait de même et elle a accepté d’ouvrir son service jusqu’à six heures pendant l’hiver, et ce, jusqu’au 1er avril. Or, en ce 12 avril, il y a une tempête de neige… ne devrait-on pas avoir droit à un peu de sollicitude de sa part?
Je reprends possession de mes moyens.
-Écoutez, je suis désolée si vous vous sentez insultée, mais j’aimerais savoir ce qu’il adviendra de mes 3 dollars de pénalité.
-Madame, je vous en donnerai six s’il le faut. Mais si vous n’êtes pas d’accord avec notre façon de faire, vous savez quoi faire!
Ça y est, elle brandit l’arme de l’intimidation, la capitaliste sauvage!
C’est un coup bas. Mon fils fréquente sa garderie depuis deux ans parce que je n’ai pas d’autre endroit où aller. Les éducatrices en milieu familial ferment leurs portes à 17 h 30 et il n’y a pas de place dans les CPE du coin. Pas besoin de vous dire qu’il n’y a pas d’autres garderies privées de qualité dans les environs. Elle le sait bien et c’est son unique moyen d’intimidation. Sa garderie est mon seul recours en ce moment.
À mes yeux, sa garderie est une entreprise privée comme n’importe quelle autre. Or, puisqu’il n’y a pas d’autres services disponibles, sa propriétaire se comporte comme s’il s’agissait d’un monopole. « Vous savez quoi faire! » signifie « changez de garderie si vous n’êtes pas satisfaite, je m’en fous! ». Elle sous-entend « Vous êtes pognée ici anyway! ».
Si vous aviez une entreprise, répondriez-vous ainsi à vos clients? Pourquoi mon fils serait-il obligé de changer de garderie? Lui, il n’en a rien à foutre de nos discussions d’adulte! Il veut continuer de jouer avec ses petits amis qu’il adore. Il veut continuer de fréquenter les éducatrices auxquelles il s’est attaché! Pourquoi changer?
C’est la preuve flagrante que les garderies privées font la pluie et le beau temps. Et quand il neige et que vous êtes en retard, ce n’est qu’une occasion de plus pour vous soutirer des dollars supplémentaires.
Que faut-il faire?
- Interdire les garderies privées? (pas très pratique)
- Empêcher les garderies privées de faire la pluie et le beau temps avec une loi cadre? (qui empêcherait les contraventions les jours de tempête!)
- Stimuler la concurrence féroce? (dans un monde capitaliste, c’est l’arme ultime, non?)
- Assurer une place dans une garderie publique à tous les enfants dont les parents travaillent? (situation idéale, mais ça coûte cher semble-t-il!)
- Renvoyer toutes les mères à la maison? (pffff… pas de chance! Ça ne convient pas à tout le monde.)
Ceci dit, si c’était mon métier et si j’avais de l’argent à investir, j’ouvrirais ma propre garderie et je ferais concurrence à la pas-très-sympathique proprio de la garderie de mon fils. Les parents seraient traités aux petits oignons, tout comme leurs enfants. J’inventerais des forfaits sur mesure selon les horaires des parents, je ferais tirer des journées de garde gratuites, j’organiserais des groupes témoins pour connaître les besoins des parents, j’inventerais le « Starbucks » des garderies! Bref j’innoverais pour mieux servir les parents.
J’ai souvent l’impression que nous, les parents sommes perçus comme des êtres indignes par certains propriétaires de garderie (et certaines éducatrices toutes tendances confondues) et que ces derniers se sentent investis du pouvoir de « sauver » nos enfants de la déchéance sociale. De leur point de vue, ce statut privilégié leur donne le droit de dicter leurs lois aux méchants parents-qui-abandonnent-leurs-enfants-à-la-garderie. Vous trouvez que j’exagère?
En affaires, le client est roi. Pourquoi serait-ce différent dans une garderie?
PS : la propriétaire de la garderie privée en question n'a jamais fait de suivi quant à notre pénalité. Pas très professionnelle.








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