9/23/2014

Maison Kangourou : une première maison de répit pour les parents ouvre ses portes au Québec



Maison Kangourou - Reportage Le Soleil

Bouleversée par les meurtres commis par Guy Turcotte, Josée Fortin consacre son temps depuis 2011 à l’hébergement d’enfants dont les parents vivent des crises temporaires. Elle nous a fait visiter son premier centre d'urgence et de première ligne pour enfants, qui ouvrira officiellement le 23 septembre prochain à Montréal, mais elle rêve déjà d'en ouvrir dans d'autres villes du Québec. Source : Le Soleil  

9/21/2014

Coupures dans le congé parental et fin de l'universalité des services de garde : je réagis!

Au cours des dix dernières années, j'ai cru que nous avions évolué.

C'était bête. En lisant les nouvelles de la semaine, je me suis rendu compte que ce n'était qu'une illusion. Notre actuel gouvernement songe à réduire l'universalité des services de garde et à sabrer dans le programme de congé parental, sous prétexte qu'il est trop généreux comparativement à celui des autres provinces canadiennes.

Je suis bien d'accord pour que l'on s'offre des services à la hauteur de nos moyens, mais si ces programmes sont diminués arbitrairement, je vois déjà bien des femmes et des hommes se questionner sur leur envie de fonder une famille ou, pire encore, craindre de s'appauvrir pour avoir des enfants en devant se priver d'un salaire.

Laissez-moi vous dire pourquoi ces services ont été importants pour moi.

Maintien de la sécurité financière

Je suis issue de la classe moyenne ordinaire. J'ai obtenu une maîtrise en histoire, puis j'ai occupé des emplois à contrat, par définition instables, jusqu'au milieu de la trentaine. Alors que j'accédais enfin à un peu plus de stabilité dans un poste de cadre de premier niveau à trente-cinq ans, je tombais enceinte de mon premier fils. Le papa était alors travailleur autonome et ne roulait pas sur l'or, et je remboursais encore mon prêt étudiant.

À l'époque, le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP) n'existait pas encore. On recevait alors une prestation de chômage de 351 $ par semaine, après deux semaines de carence. L'arrivée d'un premier enfant nous plongeait ainsi directement dans une situation précaire.

 
Tableau du Régime québécois d'assurance parentale

J'ai pris neuf mois de congé malgré tout, puis il a fallu trouver une garderie. Rien n'était disponible dans les CPE ; j'ai été obligée de me rabattre sur une garderie privée à 700 $ par mois (c'était en 2004). Notre loyer mensuel d'alors était de 730 $, dans le quartier Villeray à Montréal.

C'était avant les remboursements anticipés pour les frais de garde privés. Le coût de la garderie nous étouffait, car il fallait attendre le retour d'impôt de la fin d'année pour obtenir notre compensation. Puis, je me suis rendu compte que j'étais retournée trop tôt au travail : ma dépression post-partum, mal soignée, a dégénéré. Quatre mois après mon retour au travail, j'ai plongé dans une dépression majeure. J'ai été en arrêt de travail pendant quatre mois.

Le salaire annuel moyen au Québec est de 42 000$, soit environ 800$ par semaine.  Dans le commerce du détail, les salaires sont encore plus faibles.


Arrivés en banlieue, nous avons trouvé une autre garderie privée, un peu moins chère, à 560$ par mois, mais la nouvelle hypothèque était un peu plus importante que notre précédent loyer. En combinant nos REER accumulés, nous avons réussi à accéder à la propriété en quittant Montréal, mais c'était une maison qu'il fallait rebâtir au complet.

Il nous a fallu quatre ans pour se remettre de cet épisode et commencer à penser à un autre enfant.  Quand j'ai eu mon deuxième fils, j'avais quarante ans et j'ai eu droit au véritable congé parental.  Cette fois, j'ai pris un an, ce qui a été bénéfique pour toute la famille.  Le plus vieux commençait l'école alors que le cadet avait à peine quelques mois.  En étant à la maison, j'ai ménagé mon énergie pour ne pas faire une deuxième dépression.  J'ai réussi.  Puis, j'ai eu la chance inouïe d'avoir une place en CPE pour mon plus jeune.    

Le congé parental et les services de garde abordables nous ont permis d'ajuster nos vies sans fragiliser une sécurité financière à peine consolidée au deuxième enfant.  Les services de garde à 7$ nous ont permis de continuer de vivre décemment avec deux enfants et une hypothèque.   À deux enfants, le service de garde à 7$, c'est quand même 300$ par mois.  Pour une famille de la classe moyenne au Québec, c'est une grosse dépense.  N'oublions pas que salaire moyen d'un Québécois travaillant à plein temps est d'environ 42 000 $ par an, soit environ 800$ par semaine.  Et dans le commerce de détail, les salaires sont encore plus faibles.

Pour la première fois dans l'histoire, les femmes n'étaient plus seules à avoir des enfants

Arrivés en banlieue, nous avons trouvé une autre garderie privée, un peu moins chère, à 560 $ par mois, mais la nouvelle hypothèque était un peu plus importante que notre précédent loyer. En combinant nos REER accumulés, nous avons réussi à accéder à la propriété en quittant Montréal, mais c'était une maison qu'il fallait rebâtir au complet.

Il nous a fallu quatre ans pour nous remettre de cet épisode et commencer à penser à un autre enfant. Quand j'ai eu mon deuxième fils, j'avais quarante ans et j'ai eu droit au véritable congé parental (RQAP). Cette fois, j'ai pris un an, ce qui a été bénéfique pour toute la famille. Le plus vieux commençait l'école alors que le cadet avait à peine quelques mois. En étant à la maison, j'ai ménagé mon énergie pour ne pas faire une deuxième dépression. J'ai réussi. Puis, j'ai eu la chance inouïe d'avoir une place en CPE pour mon plus jeune.

Le congé parental et les services de garde abordables nous ont permis d'ajuster nos vies sans fragiliser une sécurité financière à peine consolidée à l'arrivée du deuxième enfant. Les services de garde à 7 $ nous ont permis de continuer de vivre décemment avec deux enfants et une hypothèque. À deux enfants, le service de garde à 7 $, c'est quand même 300 $ par mois. Pour une famille de la classe moyenne au Québec, c'est une grosse dépense. N'oublions pas que le salaire moyen d'un Québécois travaillant à plein temps est d'environ 42 000 $par an, soit environ 800$ par semaine. Et dans le commerce de détail, les salaires sont encore plus faibles.

Pour la première fois dans l'histoire, les femmes n'étaient plus seules à avoir des enfants

Or, les services de garde à 7 $ mis sur pied en 1997 ainsi que le congé parental instauré en 2006 ont fait plus que de nous donner les moyens financiers d'avoir des enfants. Ces services ont contribué à sensibiliser les employeurs au fait qu'avoir des enfants et prendre un congé n'était pas un caprice de « bonne femme », mais bien une étape normale de la vie. Pour les femmes, ce message a eu un impact majeur. Pour moi, qui étais une jeune cadre contractuelle, c'était un statement sans précédent.

Je pouvais m'affirmer dans mon nouveau rôle de mère sans sacrifier ma carrière. Dans bien des milieux, les femmes ont cessé d'avoir peur d'annoncer leur grossesse et de perdre leur emploi. La culture a changé pour les hommes aussi : les pères ont adopté le congé parental. Pour la première fois dans l'histoire, les femmes n'étaient plus seules à avoir des enfants. Les services de garde abordables ont fortement contribué à faciliter le maintien en emploi de nombreuses mères de famille. En 2008, le taux d'activité des mères québécoises de jeunes enfants (76,1 %) surpassait celui des Ontariennes (72,8 %) et des Canadiennes (72,6 %) [Un portrait statistique de la famille, Institut de la statistique du Québec, p. 7].

Symboliquement, l'actuel gouvernement nous dit qu'il s'agit d'un luxe d'avoir des enfants. Si on regarde la courbe démographique du Québec, ce ne l'est pourtant pas. 

La population continue de vieillir et peine encore à se renouveler, malgré une légère augmentation du taux de natalité ces dernières années. Se prévaloir d'une année d'arrêt pour un enfant est normal, M. Couillard. Ce n'est pas un luxe que d'accorder aux familles le temps et les moyens de s'occuper de leurs enfants adéquatement. Non, je ne veux pas revenir à l'époque où les femmes n'avaient d'autre choix que de rester à la maison. Socialement, ce serait une bêtise énorme.

7/08/2014

Le petit guide de survie du parent solo


Deux ans plus tard : réflexions sur la monoparentalité.

Voilà maintenant deux ans que je suis séparée et que je vis la monoparentalité du dimanche au jeudi, ainsi qu’un samedi sur deux. J’attendais ce deuxième anniversaire avec impatience, car j’avais lu quelque part qu’il fallait au moins deux ans pour se réorganiser entièrement après une séparation.

Je peux maintenant affirmer que ce fut vrai pour moi. Se réorganiser signifie d'abord se retrouver soi-même, puis se retrouver avec les enfants, et enfin se réinventer une vie familiale sans l’autre parent. Pour moi, il était primordial de trouver cet équilibre sans compenser en recréant artificiellement une vie de couple trop vite, simplement pour éviter de faire face aux « squelettes » qui se bagarraient allègrement dans mon placard.

Ces deux années m’ont aussi permis de mieux comprendre mon nouveau contexte familial. En 2011, il y avait 1 273 240 familles avec enfants au Québec et 29 % d’entre elles étaient monoparentales. C’est presque une famille sur trois. Du coup, je me suis sentie moins seule... 

De ce nombre, 76 % des familles monoparentales sont dirigées par des femmes.

Maintenant que je retrouve la forme, voici quelques-unes de mes réflexions qui pourraient vous être utiles si jamais vous vivez aussi une séparation (même si je ne vous le souhaite pas) 


Note d'espoir 

On doit se rappeler continuellement qu'il y a une vie après la séparation. Ce ne sera pas la vie d'avant, mais ce sera la vie quand même. Et cette vie peut être enrichissante. Les enfants sont résilients et, tant que les parents les rassurent sur la suite des choses, ils s'en remettront beaucoup plus facilement.


   

5/11/2014

La fête des mères, c'est tous les jours

C'est pas juste aujourd'hui.  C'était hier aussi.  Et ce le sera encore demain.

Depuis que je suis mère, c'est ma fête tous les jours.  Même quand ils se paient ma tête, qu'ils se foutent de ma gueule, qu'ils passent comme une tornade dans la maison.

C'est ma fête quand même.  À vous aussi.






5/04/2014

Cinq questions pour Planète F, le nouveau magazine sur la famille

Mariève Paradis et Sarah Poulin-Chartrand sont toutes deux journalistes indépendantes et mères.   Il y a à peine plus d'un an, elles eurent l'idée de donner naissance (jeu de mots très songés) à un magazine sur la famille, mais différent de tout ce qui existe.  Exit les trucs d'allaitement, les questions pratico-pratiques et les recettes : elles voulaient se concentrer sur les vraies questions de fond sur la famille.  La semaine dernière avait lieu l'accouchement (encore un beau jeu de mots fort à propos!) de leur magazine en ligne, Planète F, financé en partie via Kickstarter. Plusieurs collaborateurs chevronnés alimentent ce nouveau média d'information sur la famille : le journaliste et reporter Luc Chartrand (L'Actualité, Radio-Canada), Amélie Daoust-Boisvert (Le Devoir), Maude Goyer (Journal de Montréal, Châtelaine, Rythme FM), l'artiste multidisciplinaire Camille Lavoie, Catherine Mathys, journaliste indépendante et animatrice (Musique Plus, Radio-Canada) et Danny Raymond, ex-stratège en communication, devenu journaliste scientifique et collaborateur de Naître et grandir.

Malgré l'énervement suscité par cet heureux événement, elles ont eu la gentillesse de m'accorder une entrevue.

PF from Bruno Barriere on Vimeo.

1.       Quelle réflexion vous a poussé à démarrer votre magazine? Pourquoi la famille?  Vous en donnez les prémisses sur votre site, mais comment s'est produit le déclic?
Mariève: C’est par frustration comme parent d’abord, de lire que des trucs, des conseils et des recettes. Il y a des sujets fouillés qui touchent la famille qui ne sont pas abordés par les magazines destinés à la famille. Et aussi par frustration comme journaliste. Parce qu’on nous refusait parfois des sujets parce que c’était trop controversés, ou on préférait des témoignages au débat de fond de la question. Donc c’est venu sur la table dans un lunch entre deux amies, journalistes indépendantes… Mais on a eu le goût de poursuivre cette idée.

Sarah: Mariève le résume très bien. Je dirais aussi que j'ai eu la confirmation qu'on avait raison lors du dernier congrès de la FPJQ (Fédération des journalistes). AUCUN média destiné aux parents n'était présent, alors que des médias spécialisés y sont. Est-ce à dire que tout ce qui touche aux enfants, à la famille, aux parents (bref, à pas mal de monde!) n'entre pas dans le milieu journalistique? La famille, c'est un gros sujet de société, il faut s'y intéresser comme tout autre sujet: politique, environnement, santé, etc.


Journaliste indépendante depuis 2005, Mariève Paradis travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision).
2.      Quels sont les sujets sur la famille qui méritent le plus d'attention selon vous? 
Mariève: On a tellement de sujets qu’on veut aborder! Mais entre autre l’école primaire est le prochain dossier. Les garderies aussi est un sujet qui nous intéresse. L’utilisation des technologies numériques en famille, la vaccination, l’immigration… Notre terrain de jeux est immense! Le plus important c’est qu’on veut que chaque thématique contienne des articles fouillés, basés sur des études scientifiques, des rapports, des recherches. On retourne à la base pour offrir du contenu fouillé.

Sarah: Je dirais que tout sujet peut être traité selon l'angle famille, et selon l'approche Planète F. Prenons l'exemple des devoirs. Ailleurs, on le traiterait "micro": comment faciliter les devoirs, des trucs pour faciliter le retour à la maison, etc. Nous, on le traitera "macro": D'où vient la tradition des devoirs,Eest-ce que des chercheurs, des pédagogues les remettent en question, Comment ça se passe ailleurs dans le monde, Peut-on revoir la manière dont en pense l'école et les devoirs à la maison, etc.
3.      Le sujet de la famille est souvent abordé dans une perspective très féminine. Comment accrocher les hommes sur ce sujet?
Mariève: Justement, ça fait partie de la volonté de Planète F d’inclure les parents comme une équipe. Et comme on sort de la gestion quotidienne de la famille (lunchs, siestes, lavage, etc.), et qu’on aborde plutôt des dossiers de société, je crois que les pères pourront trouver leur compte!

Sarah: C'est vraiment un travail de longue haleine, je crois, de démontrer que les sujets familles s'adressent aux pères. En fait, ce n'est pas que ceux-ci ne s'intéressent pas à la famille (au contraire!), mais on leur réserve habituellement un "spécial papas" une fois par an, ou on les met dans des cases: les activités papa-fiston, les films de gars... Ce n'est clairement pas ça Planète F! Comme le dit Mariève, les sujets de société les intéressent au même titre que les mères. On veut qu'ils sachent que ce magazine s'adresse à eux autant qu'aux mères.


Sarah Poulin-Chartrand est journaliste indépendante depuis 2011, et diplômée en journalisme de l’Université de Montréal.
4.      Quel est selon vous le sujet le plus tabou en lien avec la famille?
Mariève:   Il y a beaucoup de tabou en santé. Beaucoup d’information erronée circule. Mais la parentalité c’est tabou en général parce qu’on parle beaucoup d’expériences personnelles, de vécu. Et l’interprétation n’est pas la même pour tout le monde. C’est surtout pas TOUJOURS une extraordinaire expérience où tout le monde est fin, tout le monde est gentil, et où les fleurs poussent en bonbon… Planète F ne veut pas imposer de trucs, de conseils, de manière de faire ou de penser. Nous souhaitons exposer des situations. Le lecteur est assez intelligent pour faire l’interprétation de l’information.

Sarah:
on dirait qu'à chaque nouvelle petite «controverse» au Québec, on se rend compte que les sujets tabous liés à la famille ne manquent pas: l'allaitement (bonjour Mahée Paiement!), les pères porteuses (bonjour Joël Legendre!), tout finit par être le tabou de quelqu'un. J'ai donc de la misère à en choisir un. Pour nous, c'est ça qui rend Planète F intéressant: un sujet dérange? On va le creuser! Mais le sujet qui me fait le plus réfléchir en ce moment, c'est le fait de ne PAS avoir d'enfant. J'aimerais trouver une place pour ça sur Planète F. Les filles sans enfants sont constamment jugées à mon avis. Est-ce devenu le tabou numéro un? Peut-être... 


Un abonnement de 25$ permet de consulter tous les contenus du magazine en ligne Planète F
5.      Pendant longtemps, les questions familiales étaient de l'ordre de la sphère privée et associées exclusivement aux femmes.  Comment cette thématique est-elle devenu un enjeu de société?  Enfin, croyez-vous que c'est un enjeu de société qui concernent tous les citoyens?  Même ceux qui n'ont pas d'enfants?
Mariève:  La famille, c’est pas juste un sujet pour les parents, c’est aussi un sujet de société… Et tout le monde devrait s’y intéresser. Même ceux qui n’ont pas d’enfants. D’ailleurs, c’est un sujet qui nous intéresse ça… Il y a des gens (hommes ET femmes) qui ne veulent pas d’enfants. Et on les écoute peu. Quand on sort de la gestion quotidienne, des trucs et des conseils, ça conseille tout le monde! Les enfants sont les futurs citoyens. Il faut aussi justement offrir du contenu plus large pour intéresser tout le monde.

Sarah: ah ben zut, j'avais pas lu la dernière réponse de Mariève ;) Mais oui, la famille, c'est pas juste des parents et des enfants, c'est pas seulement un noyau étanche. Les enfants de la DPJ, les enfants de la secte Lev Tahor, etc, j'ose espérer que ça vient chercher tout le monde ces histoires-là! Faut-il être parent pour s'intéresser aux conséquences de nos politiques sociales, économiques, éducatives, sur les enfants? Je ne crois pas. On s'intéresse aux aînés avant d'en être un, non? C'est vraiment un changement d'habitude à faire: voir la famille comme faisant partie de la société, pas comme des petites cellules qui font chacun leurs trucs de leur côté.