5/13/2019

Abolition des classes pour enfants TSA au primaire à St-Bruno!


Dans la vie de parent d'un enfant autiste, viennent des moments où il faut se débattre. C'est certainement le même combat pour tous les parents d'enfants qui ont des besoins particuliers. Dans le système scolaire, des décisions arbitraires sont prises au détriment du bien-être de nos enfants qui ont besoin de stabilité. Nous avons souvent l'impression que nos enfants sont des citoyens de second rang, tant les décisions et les ressources ne sont pas alignées sur leurs besoins.

Récemment, la Commission scolaire des Patriotes a pris une décision qui aura un impact majeur sur la vie de mon fils autiste de neuf ans et sur tous ses petits camarades de classe : ils devront changer d'école, dans une autre ville. L'univers fragile de ces enfants, pour qui leur école était leur univers, s'écroule devant des décisions bureaucratiques dénuées de sensibilité face à leurs besoins.

Il est temps que des explications soient rendues publiquement. On ne peut pas continuer de malmener ainsi nos enfants. Voici la lettre que j'ai acheminée à la Commission scolaire, au ministre de l'Éducation et aux médias. Je vous remercie d'avance de partager au plus grand nombre.




LETTRE OUVERTE : Pour accueillir un nombre accru de nouveaux élèves des classes régulières à St-Bruno, la Commission scolaire des Patriotes « déménage » les enfants TSA dans une autre ville

Le 17 avril dernier, tous les parents d’enfants à besoins particuliers ont reçu une lettre imprécise de l’école De Montarville les informant que la Commission scolaire des Patriotes (CSP) allait bonifier le nombre de classes en enseignement spécialisé. La bonne nouvelle en cachait toutefois une moins bonne : les enfants des classes TSA (trouble du spectre de l’autisme) et tous les autres qui bénéficient d’un service d’enseignement particulier devront changer d’école. Or, aucune information spécifique n’a alors été fournie sur le sort de notre fils.

Pendant deux semaines, ce fut le suspense (pas d'accent circonflexe sur "fut" au passé simple, sauf au subjonctif). Ce n’est que le 29 avril que la directrice de l’école De Montarville, Mme Caroline Brunelle, a pu confirmer que notre fils changerait d'école (conditionnel pour le futur dans le passé) et de ville en septembre prochain. Il sera relocalisé à l’école La Chanterelle à Saint-Basile-le-Grand. L’explication est vague : il semblerait qu’il y ait trop d’élèves des classes régulières dans les écoles de Saint-Bruno et que, pour leur faire de la place, on ait fait le choix de changer d’école les enfants TSA et tous les autres ayant des besoins particuliers. L’école de mon fils sera ainsi vidée de tous les enfants TSA qui y évoluent depuis leur première année.

Ces enfants, qui sont parmi les plus vulnérables au changement, vivront ainsi leur deuxième changement d’école depuis la maternelle. Pour certains, ce sera peut-être un troisième ou un quatrième. À l’époque où mon fils a commencé le primaire, il n’y avait pas de maternelle pour enfants TSA à Saint-Bruno.

Avec cette décision, nous sommes d’avis que la Commission scolaire des Patriotes mettra en péril la réussite scolaire de ces enfants en brisant leurs liens d'attachement et leurs habitudes de vie. Les enfants autistes sont parmi les plus fragiles à cet égard. De plus, en les transférant dans la ville voisine, nous devrons utiliser le transport scolaire et le service de garde, ce que nous avions éliminé de l'horaire de notre fils, puisque cela contribuait à augmenter sa charge cognitive en allongeant sa journée.

Nous avions pris les moyens nécessaires — en faisant même des choix professionnels adaptés — pour être en mesure de rester disponibles chaque fois que l’école ou le service de garde n’était plus en mesure de s’occuper de notre enfant. La proximité de l’école nous aidait énormément à concilier travail et famille, surtout lors des crises quotidiennes.

Pour ajouter à cette décision que nous considérons irresponsable, l’amateurisme de la stratégie de communication de la CSP a fait en sorte que notre fils a appris la nouvelle par la bouche d’un camarade de classe, avant même que nous ayons pu convenir d’une stratégie pour lui annoncer.

« Ça me stresse, maman »

Une nouvelle qui, de son propre aveu, stresse notre fils et augmente son niveau d’anxiété, car il sait qu’elle viendra bouleverser sa vie.

Il faut savoir que l’un des besoins fondamentaux des enfants autistes est la stabilité et la prévisibilité. Ces enfants sont particulièrement sujets à l’anxiété et une grande partie de leurs comportements jugés « difficiles » sont précisément déclenchés par celle-ci. Depuis qu’il a appris la nouvelle, il a de la difficulté à dormir. Il veut savoir s’il aura la même enseignante et il a déjà de la peine à l’idée de la perdre. Il était fier de son école, l’école De Montarville. Il se demande si ses amis se retrouveront dans la même classe que lui. Par ses questions, je vois que la Commission scolaire des Patriotes a bousculé son univers.

Il faut savoir que, de la première à la troisième année, nous avons vécu des débuts d’année scolaire très pénibles, car notre fils avait de la peine à se réadapter à l’école à la fin de chaque été. Ainsi, chaque année, il a perdu de trois à quatre mois de scolarisation, puisqu’il ne réussissait pas à s’intégrer lors de la rentrée. Même scénario année après année : malgré des enseignantes spécialisées, au bout de trois à quatre semaines, il était complètement désorganisé et il fallait mettre en place un plan d’intervention d’urgence. Cette année, il a aussi été en forte réaction, car il a eu une nouvelle enseignante. Nous commencions à voir des améliorations de fond grâce à l’aide des intervenantes du CRDI, notamment, mais aussi de l’enseignante. Tous nos efforts, et tous ceux de mon fils, seront-ils anéantis par cette décision ?

La Commission scolaire des Patriotes peut-elle expliquer le cheminement de sa décision sur la place publique ? Pourquoi n’a-t-elle pas développé une stratégie qui aurait permis à ce petit groupe d’élèves de terminer leur primaire à l’école De Montarville afin de leur éviter un changement de trop ? Nous demandons aussi que la Commission scolaire explique son raisonnement quant au regroupement de classes spécialisées dans une ville voisine. Ne devrions-nous pas privilégier la proximité de ces élèves avec leur milieu de vie ? Ces enfants n’ont-ils pas droit à la stabilité ?

Au final, comment peut-on prétendre vouloir le bien de ces enfants lorsqu’on prend une telle décision ? Nous sommes immensément déçus et fâchés par la décision de la Commission scolaire des Patriotes.


11/26/2017

Simon, 15 ans, se jette sous le train

Crédit photo : Daniel Wehner, Creative Commons

Cette semaine, les médias ont rapporté qu'un homme de trente ans s'était lancé devant un train de la ligne Saint-Hilaire.  Vendredi soir, Karine Dufour publiait sur Facebook qu'il s'agissait en fait de son jeune frère de 15 ans, Simon, un élève doué en musique qui fréquentait l'école secondaire André-Laurendeau.  L'information été confirmée par les médias samedi.  Radio-Canada a diffusé un reportage dans lequel le père du jeune homme lance un cri du coeur pour que cesse l'intimidation.


Un jeune homme âgé d'un an de plus que mon fils aîné. Il aurait été victime d'intimidation. Il s'est levé jeudi matin et a décidé que c'était terminé. C'était son seul remède pour faire cesser l'intimidation.

Cela me bouleverse.

Est-ce parce que mon propre fils a presque le même âge ? Parce qu'il a lui-même eu des idées sombres l'an dernier ? Est-ce parce que j'ai moi-même contemplé les rails au même âge ? Est-ce parce que je suis stupéfiée par la méchanceté des jeunes qui intimident d'autres jeunes ? Est-ce parce que c'est une autre vie que nous aurions pu sauver si nous avions su ?

C'est tout cela à la fois.


Je m'interroge sur notre ouverture collective à accueillir la souffrance. Celle de l'enfant, celle de l'adulte. Avons-nous peur de la douleur des autres ? Notre rapport au bonheur est-il si fragile que nous ne trouvons pas la force de faire face au désespoir d'autrui ? Sommes-nous encore trop habités par une pudeur mal placée qui nous empêche, trop souvent, de porter secours ?

Ce qui me trouble surtout, c'est l'immense désespoir qui a habité ce jeune homme. Un mal qui emprisonne, si envahissant qu'il ne reste qu'à se jeter sous un train pour s'en libérer. Il faut avoir mal « en viarge » pour commettre un tel geste.

Comment un enfant de 15 ans peut-il avoir si mal ? Quinze ans : une vie presque neuve, mais plombée par une souffrance fatale. Comment peut-on ne pas s'en rendre compte ? Comment a-t-il camouflé ce mal ? Comment a-t-il pu endurer cette douleur jusque-là sans que son entourage le sache ? Et si on le savait, pourquoi n'a-t-on pu l'aider ?


Simon Dufour.  Source : Radio-Canada

Je ne connais pas l'histoire de ce jeune homme et je ne veux porter aucun jugement sur l'aide qu'il a reçue ou non. Ses proches ont probablement tout fait pour l'aider. Il n'en demeure pas moins qu'il a décidé de mettre fin à ses jours parce qu'il ne pouvait mettre fin à ce qui le faisait souffrir.

Cet enfant n'est pas le seul à souffrir. Des milliers d'autres vivent ce mal dans le silence. Dans ce cas-ci, on rapporte que c'est l'intimidation subie à l'école qui aurait mené ce jeune au suicide. Parfois, la souffrance est causée par d'autres facteurs, mais je crois que c'est bien plus profond que cela. D'autres vivent de l'intimidation ou de l'exclusion sans pour autant mettre fin à leurs jours. Ce qui tue, c'est l'impossibilité d'en parler pour que cela s'arrête ; c'est l'incapacité à se libérer de sa souffrance. L'incapacité à entrer en résilience. Peut-on enseigner la résilience ? L'apprendre ?


Simon Dufour.  Source : Facebook

Les campagnes de sensibilisation au suicide sont-elles efficaces ? On ne pourra jamais mesurer précisément le nombre de vies sauvées, mais chaque fois qu'un drame survient, je me demande pourquoi nous n'avons pas été capables d'intervenir plus tôt. Je n'ai pas la réponse et je ne ferai pas le « gérant d'estrade » en critiquant ou en proposant des pseudo-solutions, mais je m'interroge.

S'il est difficile, en tant qu'adulte, de vivre avec la souffrance, ce l'est davantage dans un corps d'enfant ou d'adolescent. Peut-on aborder cette question de la même manière avec eux ? Peut-on améliorer notre façon d'aider ? En tant que mère, j'ai dû aborder ces questions avec mon aîné, mais comment puis-je être certaine que mes interventions porteront fruit à long terme ? Comment un parent peut-il être certain que son enfant est en lieu sûr ? L'aide psychologique est-elle suffisante ? Et que fait-on si un enfant refuse de consulter ? Que fait-on si un parent ne juge pas que la détresse de son enfant justifie une visite chez le psychologue ? Que fait-on si un enfant garde tout à l'intérieur ?

Que fait-on pour éviter un drame ? Peut-on s'éduquer pour mieux aider, et pas seulement en situation de crise ? On ne suit pas un cours de secourisme le jour où survient un accident. On le fait en amont, pour être prêt le jour où nous serons témoins d'un drame. Pour la prévention du suicide, ne devrait-on pas avoir une formation qui nous rendrait plus compétents dans nos interventions auprès de nos enfants et de ceux des autres ?

Peut-on élever notre niveau de compétence pour déceler plus adéquatement les causes d'une si grande souffrance et mieux aider nos enfants, nos frères et sœurs, nos amis, nos parents ?



Un rappel : 
Vous ou l'un de vos proches a besoin d'aide?  Contactez le 1-866-APPELLE (277-3553) et votre appel sera acheminé à la ressource de votre région au Québec. Pour le reste du pays, consultez le site de l'Association canadienne pour la prévention du suicide.

9/19/2017

Arrête de dire que mon enfant est différent!


On entend ça à la pelle. À la télévision, à la radio, sur le Web, dans les écoles, à la commission scolaire, dans nos familles.

« Les enfants différents »

Une tautologie qui me fait grincer des dents.

On veut désigner ceux qui ne suivent pas le tronc commun, ceux qui ont besoin de soutien supplémentaire dans leurs apprentissages, ceux qui sont en situation de handicap d'une manière ou d'une autre. Mais... tous les humains sont différents ! Oui, ils sont différents, comme vous et moi le sommes. Il n'y a pas deux êtres humains sur terre qui soient pareils ; même les jumeaux sont différents malgré leurs similitudes.

Alors, pourquoi parler des « enfants différents » ? Pour les mettre dans une petite case, une petite boîte qui nous permet de les séparer des « autres » qui sont...

... je vous entends le dire dans votre tête.

« Normaux ». Les « ceuzes » qui suivent la norme. Ceux qui ne sont pas « défectueux », sous-entend-on.

Mon fils a certes besoin d'accompagnement, de méthodes d'enseignement et d'un encadrement adaptés. Il a des besoins que d'autres enfants n'ont pas. Des besoins qui ne ressemblent même pas à ceux de sa petite camarade de classe qui, elle aussi, est « TSA », comme on aime bien les désigner.

Mais chaque enfant est d'abord un enfant. Mon fils est un enfant. Demain, il sera ado et après-demain, il sera adulte. Si on continue de le désigner comme un individu « différent » — avec la petite étiquette qui dépasse de son chandail — on va le stigmatiser. Il sera celui qui ne « fitte » nulle part.

« Ben non ! » s'exclament en cœur les bien-pensants. « Mais non, ce n'est pas dans ce sens-là qu'on dit ça, ce n'est pas péjoratif ! C'est beau la différence, il faut célébrer la différence ! »

D'accord, au sens général, oui, c'est beau la différence, mais nous utilisons le mauvais mot. Nous devons célébrer l'unicité de chaque individu.

Mon fils est unique, comme le vôtre. Il a besoin qu'on adapte un peu son environnement, il a besoin d'aide, d'un encadrement particulier, mais je n'ai pas envie qu'il passe le reste de sa vie à s'interroger sur un concept qui ne tient pas la route et qui lui renvoie le message qu'il fonctionne en marge de la société. Les mots que nous utilisons peuvent changer le cours d'une vie.

Je veux que mon fils soit fier de ce qu'il est, avec ses forces et ses faiblesses, avec ses défis, avec sa réalité qui lui sera unique. Unique, comme votre réalité l'est aussi. Et c'est dans le respect de son caractère unique qu'il sera en mesure de créer des ponts avec tous les autres qui font partie de son écosystème. C'est à partir de cette prise de conscience qu'il pourra célébrer qui il est et trouver la place qui lui revient dans la société, non pas en tant qu'être « différent », mais en tant qu'être unique.

L'unicité est en fait notre seul grand dénominateur commun. C'est ce qui permet de créer, de bâtir, d'imaginer. Reconnaître que nous sommes uniques permet aussi d'apprendre à s'aimer tel quel, à croire que, chacun à notre manière, nous pouvons contribuer à la société.

Alors, lâchez-moi ça, « les enfants différents ». C'est la pire invention du siècle !



9/17/2017

Ne pas baisser les bras

Mon fils vient de passer sa ceinture jaune-orange au karaté. Oui, mon p'tit loup qui ne parlait pas à trois ans, qui portait encore des couches à cinq ans. Mon petit homme qui piquait des crises pas possibles en maternelle, en première et en deuxième année.

Oui, c'est le même petit. Aujourd'hui, c'est une petite machine à paroles, une petite bombe de sociabilité, un petit bonhomme qui s'imagine déjà devenir scientifique, qui parle l'anglais aussi bien que le français, et qui pose des questions en rafale car il est curieux comme pas deux. Mon petit loup a maintenant huit ans, la moitié de ses dents, et il fonce droit devant, avec confiance.

Mon fils a pourtant reçu un diagnostic de TSA et de TDAH il y a cinq ans. Et non, il n'était pas « juste un peu autiste » ou « autiste léger ». Il était sur le spectre, big time, avec de gros retards de développement, des difficultés importantes dans ses interactions sociales et des troubles de comportement nuisibles à son adaptation à l'école.

Non, il n'est pas guéri. Il ne le sera jamais, mais sa condition s'est grandement améliorée, si bien que nous croyons qu'un jour, son diagnostic sera probablement imperceptible.

Qu'est-ce qui a fait une différence dans sa vie ?

Le diagnostic précoce

D'abord, le diagnostic à trois ans est probablement ce qui l'a le plus aidé. Quand une éducatrice de garderie émet une hypothèse sur l'état de son enfant, il est facile de se replier dans le déni ; mais j'insiste : il faut vérifier et apprendre à reconnaître les premiers signes. Lorsqu'on a des assurances, il vaut la peine de se tourner vers des centres privés comme le CÉNAA afin qu'une équipe multidisciplinaire évalue notre enfant. Si l'on doit aller dans le secteur public, il faut se battre encore, mais le temps d'attente a diminué dans certaines régions, notamment en Montérégie. Le diagnostic est le facteur clé qui permettra à votre enfant d'obtenir des services et à vous, du soutien.

L'implication de sa communauté

Le jour du diagnostic, la directrice et l'éducatrice du CPE qu'il fréquentait nous ont accompagnés. Elles se sont documentées ; la directrice a demandé des subventions afin d'adapter son milieu, et la travailleuse sociale du CLSC a fait le pont avec le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI), qui nous a ensuite soutenus à domicile et au CPE.

Lorsqu'il a fait ses débuts à l'école, il a eu droit à une insertion progressive. Pendant un an, il a fréquenté une classe de maternelle spécialisée le matin et le CPE l'après-midi, bénéficiant du transport en berline à l'heure du midi.

Nous l'avons accompagné par l'ergothérapie, des ateliers d'éveil musical (il n'y en avait pas, alors j'avais démarré un projet-pilote) et, depuis un an, par le karaté. Nous avons appliqué les enseignements du CRDI à domicile et nous avons embauché une jeune enseignante pour l'aider avec ses devoirs l'an dernier. Il ne pourra pas encore commencer son programme de troisième année, mais il a fait de nombreux progrès et je crois aujourd'hui qu'il finira par rejoindre le programme régulier au secondaire.

Quand il a commencé sa première année, il a changé d'école. La nouvelle équipe-école a fait toute la différence. Il bénéficie d'un soutien incomparable. Cela, et l'aide du CRDI encore une fois. Et puis, il y a l'assistance de notre merveilleuse travailleuse sociale qui m'a appuyée dans mes démarches et moralement. D'ici les prochaines semaines, il commencera les ateliers de gestion des émotions offerts par le CRDI. La cerise sur le sundae !

Un effort collectif

Tous les intervenants se sont coordonnés pour aider mon fils. Aider, c'est le mot clé, le mot qui change tout dans la vie d'un parent et d'un enfant.

Tout cela a été possible parce que mon fils a eu un diagnostic très tôt. Tout cela, parce que nous habitons en Montérégie où il y a un nombre plus élevé de cas qu'ailleurs au Québec et donc, davantage de services. Tout cela, parce que j'ai tenu mon bout, et son papa aussi. Nous n'avons pas baissé les bras, même quand c'était très décourageant.

Si j'ai eu envie d'écrire ce billet aujourd'hui — après des mois et des mois d'absence (et j'imagine que vous comprenez pourquoi en me lisant, ma priorité étant de soutenir mon fils) — c'est que mon petit cœur de mère recommence à battre. Voilà cinq ans que je vis en me demandant si mon fils sera capable de cheminer adéquatement, que je retiens mon souffle à chaque tournant.

En tant que parent, chaque effort vaut la peine, ne serait-ce que pour améliorer un pour cent de la vie de notre enfant. Chaque effort provenant de son milieu de vie a aussi énormément d'importance. Oui, il faut insister, demander l'aide nécessaire, dépenser des dollars qu'on aimerait mieux utiliser ailleurs... mais à la fin, lorsqu'on voit son petit qui profite de sa vie, qui aime sa vie, c'est la plus grande des récompenses. Parfois on pleure, parfois on a envie de se rouler en petite boule dans le creux du divan, mais il ne faut pas lâcher. Passez ce mot d'encouragement à d'autres parents.


1/29/2016

Autisme, le vrai débat, c'est pas le régime sans gluten

Votre enfant sera-t-il « guéri » de l'autisme grâce à un régime sans gluten ? J’en doute, et je ne suis pas la seule.

Quoi qu’il en soit, j'ai été agacée par ce faux débat médiatique suscité par la présence à Salut Bonjour de Nathalie Champoux, l'auteure de Être ou ne pas être autiste, qui prétend avoir guéri ses enfants grâce à un régime sans gluten. J'ai feuilleté son livre à la pharmacie pour me rendre compte assez vite qu'il n'y avait aucun fondement scientifique à ce qu'elle avance. Son livre n'est qu'un pamphlet de croyances qui illustre parfaitement l'ignorance collective face à l'autisme.

L'autisme n'est pas une maladie, mais bien un trouble de développement du système nerveux qui affecte les communications, les interactions sociales et les fonctions exécutives (PDF). Souvent, les enfants sur le spectre de l'autisme (TSA) sont également diagnostiqués avec un trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), car il s'agit aussi du résultat d'une immaturité d'une autre partie du cerveau. Plusieurs autres troubles sont également associés à l'autisme, notamment dans la sphère du langage (dysphasie, dyspraxie).

Ce qui m'a agacée, c'est le temps d'antenne et les articles consacrés à ce débat sur l'idée de « guérir » son enfant avec une diète spéciale, alors que le vrai débat devrait porter sur l'accessibilité du dépistage précoce.

Quand le CPE que fréquentait mon fils m'a prévenue qu'il y avait un truc qui ne tournait pas rond et qu'on a suspecté l'autisme du bout des lèvres, je me suis renseignée sur les services de dépistage. Au public, il fallait attendre des mois, voire des années, alors que tous les spécialistes rencontrés me disaient qu'il valait mieux poser un diagnostic tôt puisque la fenêtre d'opportunité pour le stimuler — afin qu'il rattrape ses retards d'apprentissage — se situe entre trois et six ans. Puisqu'il avait déjà deux ans et demi et que j'en avais les moyens, je me suis tournée vers le privé.

En moins de six mois après ma demande auprès du CENAA, le diagnostic était posé et nous obtenions tous les services auxquels il avait droit. Le CPE a demandé la subvention spéciale pour enfants sur le spectre de l'autisme, le CLSC s'est activé pour nous décrocher des services au CRDI et, il a été entouré au quotidien d'une orthophoniste, d'un ergothérapeute et d'une éducatrice spécialisée du CRDI chargée de former le personnel du CPE et de mettre en place des stratégies pour l'aider.

Quand le temps est venu de commencer l'école, grâce à son diagnostic, il a eu accès dès ses quatre ans à une classe spéciale pour les TSA à l'école Arc-en-ciel de Sainte-Julie, ainsi qu'à un service de transport adapté. En première année, il a été accepté dans une classe TSA à l'école De Montarville à Saint-Bruno [NDLR : il est quand même étonnant d'avoir besoin d'un diagnostic pour l'école, mais c'est un autre débat ].

Le diagnostic précoce de mon fils lui a ouvert des portes. Aujourd'hui, à six ans, maintenant qu'il a aussi reçu un diagnostic de TDAH en urgence à l'hôpital Sainte-Justine (parce qu'il était dysfonctionnel même en classe TSA), il reçoit la médication appropriée et sa qualité de vie (ainsi que la nôtre) s'est nettement améliorée. Enfin, mon petit bonhomme s'épanouit, aime apprendre et développe ses intérêts. Son autisme n'est plus un obstacle aussi grand pour sa vie sociale et ses apprentissages. Son langage, sa sociabilité, sa compréhension des codes sociaux et ses capacités d'apprentissage de l'abstrait continuent de s'améliorer. Il commence à avoir une conscience de « l'autre » qui est magnifique à observer. Il commence à exprimer son empathie, à saisir les émotions, à voir le monde à l'extérieur de sa bulle. En tant que mère, je suis profondément touchée par ses progrès.

Cela dit, je suis abonnée à de nombreux groupes de discussion sur l'autisme via Facebook. Les questions les plus fréquentes proviennent de parents qui n'ont pas les moyens de se payer des services privés et qui se demandent comment éviter le temps d'attente qui peut s'échelonner sur plusieurs mois, voire des années. Si le dépistage précoce offre réellement une possibilité d'améliorer les chances d'adaptation de nos enfants TSA, pourquoi cette question n'est-elle pas plus largement débattue dans les médias ? Plus encore, et si les médias se penchaient plus à fond sur la réalité de l'autisme, sur la disparité entre les « cas », sur les troubles associés et sur les fausses croyances à ce sujet ?

On analyse régulièrement le temps d'attente aux urgences ou pour le dépistage de maladies comme le cancer, mais pourquoi pas pour le dépistage précoce de l'autisme ? C'est la qualité de vie de nos enfants qui en dépend. Il me semble que c'est primordial, surtout que le taux de prévalence est élevé ici au Québec. Et c'est sans parler des enfants avec un trouble du langage. Qu'attendons-nous ?