Mon fils vient de passer sa ceinture jaune-orange au karaté.
Oui, mon p'tit loup qui ne parlait pas à trois ans, qui portait encore des couches à cinq ans.
Mon petit homme qui piquait des crises pas possibles en maternelle, en première et en deuxième année.
Oui, c'est le même petit. Aujourd'hui, c'est une petite machine à paroles, une petite bombe de sociabilité, un petit bonhomme qui s'imagine déjà devenir scientifique, qui parle l'anglais aussi bien que le français, et qui pose des questions en rafale car il est curieux comme pas deux.
Mon petit loup a maintenant huit ans, la moitié de ses dents, et il fonce droit devant, avec confiance.
Mon fils a pourtant reçu un diagnostic de TSA et de TDAH il y a cinq ans. Et non, il n'était pas « juste un peu autiste » ou « autiste léger ». Il était sur le spectre, big time, avec de gros retards de développement, des difficultés importantes dans ses interactions sociales et des troubles de comportement nuisibles à son adaptation à l'école.
Non, il n'est pas guéri. Il ne le sera jamais, mais sa condition s'est grandement améliorée, si bien que nous croyons qu'un jour, son diagnostic sera probablement imperceptible.
Qu'est-ce qui a fait une différence dans sa vie ?
Le diagnostic précoceD'abord, le diagnostic à trois ans est probablement ce qui l'a le plus aidé. Quand une éducatrice de garderie émet une hypothèse sur l'état de son enfant, il est facile de se replier dans le déni ; mais j'insiste : il faut vérifier et apprendre à reconnaître les premiers signes. Lorsqu'on a des assurances, il vaut la peine de se tourner vers des centres privés comme le CÉNAA afin qu'une équipe multidisciplinaire évalue notre enfant. Si l'on doit aller dans le secteur public, il faut se battre encore, mais le temps d'attente a diminué dans certaines régions, notamment en Montérégie. Le diagnostic est le facteur clé qui permettra à votre enfant d'obtenir des services et à vous, du soutien.
L'implication de sa communauté
Le jour du diagnostic, la directrice et l'éducatrice du CPE qu'il fréquentait nous ont accompagnés. Elles se sont documentées ; la directrice a demandé des subventions afin d'adapter son milieu, et la travailleuse sociale du CLSC a fait le pont avec le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI), qui nous a ensuite soutenus à domicile et au CPE.
Lorsqu'il a fait ses débuts à l'école, il a eu droit à une insertion progressive. Pendant un an, il a fréquenté une classe de maternelle spécialisée le matin et le CPE l'après-midi, bénéficiant du transport en berline à l'heure du midi.
Nous l'avons accompagné par l'ergothérapie, des ateliers d'éveil musical (il n'y en avait pas, alors j'avais démarré un projet-pilote) et, depuis un an, par le karaté. Nous avons appliqué les enseignements du CRDI à domicile et nous avons embauché une jeune enseignante pour l'aider avec ses devoirs l'an dernier. Il ne pourra pas encore commencer son programme de troisième année, mais il a fait de nombreux progrès et je crois aujourd'hui qu'il finira par rejoindre le programme régulier au secondaire.
Quand il a commencé sa première année, il a changé d'école. La nouvelle équipe-école a fait toute la différence. Il bénéficie d'un soutien incomparable. Cela, et l'aide du CRDI encore une fois. Et puis, il y a l'assistance de notre merveilleuse travailleuse sociale qui m'a appuyée dans mes démarches et moralement. D'ici les prochaines semaines, il commencera les ateliers de gestion des émotions offerts par le CRDI. La cerise sur le sundae !
Un effort collectif
Tous les intervenants se sont coordonnés pour aider mon fils. Aider, c'est le mot clé, le mot qui change tout dans la vie d'un parent et d'un enfant.
Tout cela a été possible parce que mon fils a eu un diagnostic très tôt. Tout cela, parce que nous habitons en Montérégie où il y a un nombre plus élevé de cas qu'ailleurs au Québec et donc, davantage de services. Tout cela, parce que j'ai tenu mon bout, et son papa aussi. Nous n'avons pas baissé les bras, même quand c'était très décourageant.
Si j'ai eu envie d'écrire ce billet aujourd'hui — après des mois et des mois d'absence (et j'imagine que vous comprenez pourquoi en me lisant, ma priorité étant de soutenir mon fils) — c'est que mon petit cœur de mère recommence à battre. Voilà cinq ans que je vis en me demandant si mon fils sera capable de cheminer adéquatement, que je retiens mon souffle à chaque tournant.
En tant que parent, chaque effort vaut la peine, ne serait-ce que pour améliorer un pour cent de la vie de notre enfant. Chaque effort provenant de son milieu de vie a aussi énormément d'importance. Oui, il faut insister, demander l'aide nécessaire, dépenser des dollars qu'on aimerait mieux utiliser ailleurs... mais à la fin, lorsqu'on voit son petit qui profite de sa vie, qui aime sa vie, c'est la plus grande des récompenses. Parfois on pleure, parfois on a envie de se rouler en petite boule dans le creux du divan, mais il ne faut pas lâcher. Passez ce mot d'encouragement à d'autres parents.