11/07/2013

Conciliation et horaires atypiques : l'art de la manœuvre



J'occupe un poste de gestion, mais j'arrive encore à manœuvrer entre les plans d'intervention, les multiples rencontres avec des spécialistes et les besoins de mes enfants. Ma vie se passe principalement entre 9 h et 17 h, dans un bureau, avec des collègues ou derrière un ordinateur. Mais il y a des imprévus : des journées plus longues, du travail en soirée, parfois le week-end. Une obligation de résultats, aussi. Quand j'arrive à la maison, je ne me repose pas. Je prépare le souper, je fais la routine du dodo. Bref, ma journée se termine vers 21 h.

Souvent, quand j'explique mon quotidien à des amies ou à des connaissances, elles me demandent : « Mais comment fais-tu ? »

Euh... je m'arrange. J'accepte de l'aide pour accrocher mes cadres, je tourne un peu les coins ronds, je suis parfois mal coiffée ou mal maquillée, je ne fais pas autant de sport que je le devrais. Mais comme je le disais plus haut, je « manœuvre ». Je tiens le fort pour ne pas que tout s'écroule. Quand une réunion se prolonge après 17 h ou si je dois travailler un week-end, le papa prend la relève chez lui, sinon c'est le grand-papa. C'est mon seul système de secours pour le moment. Je prends même parfois quelques jours de vacances à l'automne et au printemps pour remettre de l'ordre dans nos vies, aller chez le dentiste ou chez le médecin.

Mais si vous passez devant chez moi, vous constaterez que je n'ai pas encore ramassé les feuilles. Et il se peut fort bien que cela attende au printemps.

J'ai néanmoins de la chance, car je peux accomplir une partie de mes tâches grâce à la technologie. Mais si j'étais agente de bord, comédienne, coiffeuse de plateau, ministre ou députée, ma vie serait-elle différente, surtout en étant séparée? Eh bien oui, elle le serait, et j'aurais sans doute des maux de tête encore plus persistants.

C'est le cas de ces femmes dont fait état le magazine Châtelaine ce mois-ci. 

Un dossier fort intéressant sur celles qui ont un véritable emploi du temps atypique. Des métiers dont les horaires sont souvent rigides et où la présence physique est requise sur les lieux du travail à des heures non conventionnelles. Ces femmes ne peuvent pas compter sur un CPE ; en revanche, elles ont des liens très développés avec leur famille et leur entourage pour la garde des enfants. Elles vivent aussi beaucoup de stress.

Avoir des enfants tout en maintenant un emploi du temps atypique, cela demande encore plus d'organisation et énormément de volonté. Est-ce que cela prendrait aussi des services adaptés ?

L'ex-ministre Yolande James, qui a eu son tout premier enfant à l'aube de ses trente-cinq ans, nous envoie un message important à travers cette entrevue :

« Vous considérez-vous comme une superwoman ? Pantoute ! Devant la maternité, on devient humble. Je fais de mon mieux, comme la majorité des femmes. J’en ai rencontré, des jeunes mères complètement brûlées parce qu’elles s’efforçaient de tout faire en même temps. Cette pression existe. Je la sens. Une nouvelle maman doit performer. Mais un bébé, ce n’est pas rien ! Vouloir passer du temps avec son enfant, ça ne signifie pas qu’on est paresseuse ou sans ambition ! C’est pourtant le message qu’on reçoit.» 

10/30/2013

Je doute, tu doutes, vous doutez...mais pas nos enfants

Ah ! Me revoilà !

Je n'étais pas disparue, seulement un peu prise dans le tourbillon de la vie d'une maman qui travaille et qui en a plein les bras.

Il y a deux semaines, mon fils aîné se préparait à prendre une douche quand il s'est arrêté net pour me dire ceci : « Tu sais m'an, je t'aime. J't'aime parce que tu prends bien soin de moi ».

J'ai figé. Mon cœur a fait trois tours. Le jour même, je me demandais si je les voyais assez, si je m'occupais assez d'eux, si les lunchs étaient assez équilibrés, si je leur donnais tout ce dont ils avaient besoin. Je me disais que je devrais peut-être jouer davantage avec eux, faire plus de sorties, faire plus de n'importe quoi. Et puis, mon petit bonhomme de 9 ans et demi me dit ça. Comme ça, un mardi soir, sans prévenir.

J'ai été émue pendant une semaine. Non, c'est faux, je le suis encore. Quand je manque de courage, je repense à cette phrase magique. Je suis peut-être trop exigeante envers moi-même. Peut-être que je ne vois que le négatif et que j'oublie de voir ce que je fais de bon ?

Ce qui me réconforte, c'est de constater que je ne suis pas la seule. Tantôt, en perdant un peu mon temps sur Facebook, je suis tombée sur cette vidéo publiée par mon frère. On a demandé à des mères ce qu'elles pensaient d'elles-mêmes. En gros, elles étaient convaincues de ne pas être assez patientes, pas assez ceci ou cela. Et puis, on a demandé à leurs enfants ce qu'ils pensaient de leur maman. Vous serez touchées.



A New Perspective For Moms from Elevation Church on Vimeo.

10/05/2013

La valse des formulaires et le fameux « plan d'intervention »

L'automne me rentre dedans. Je suis fatiguée. C'est intense au boulot et la rentrée scolaire est un peu désorganisée. J'ai même manqué la première réunion de parents à l'école de mon aîné, car j'ai retrouvé la feuille de convocation toute froissée au fond de son sac, une semaine plus tard. Je ne m'attendais d'ailleurs pas à une rencontre aussi tôt, le 12 septembre. Il me semble que c'est plus tard, habituellement.

Bref, j'ai signé les 243 formulaires scolaires qui m'ont été envoyés. J'en ai oublié quelques-uns et je me suis fait rappeler à l'ordre par l'enseignante. Oh, et cette année, les formulaires étaient en triple : ceux de l'école de l'aîné, ceux du CPE du cadet, plus ceux de sa nouvelle école qu'il fréquente à temps partiel au préscolaire. Ah oui, il y a les chèques aussi, mais je dois noter une amélioration sur ce point, car on peut maintenant payer par Internet pour le service de garde scolaire.

Début d'année scolaire signifie aussi qu'on reprend la routine du plan d'intervention. Ça, ça fait très sérieux, formel. Quand l'école te convoque en maternelle ou en première année pour parler du plan d'intervention de ton enfant, en général, ça donne un coup au cœur. Jadis, je me suis dit : « Ma foi, ai-je été si poche comme parent que mon enfant a maintenant besoin d'un plan d'intervention ? ». 

Vous voyez le genre?  J'ai pensé un moment que mon enfant n'avait plus d'espoir de réussir dans la vie. Quand ça commence aussi mal en première année, tu te dis que ça va finir à l'école de réforme (est-ce que ça existe encore ?). Ça ou au parc Émilie-Gamelin à quêter avec un gros chien maigre en guise de compagnon. Et puis là, tu regardes ton petit bonhomme tout beau, tout mignon (nous, les parents, ne sommes pas objectifs pour parler de nos enfants, on s'entend !), et tu te dis qu'il est à peine en première année et que déjà, le système l'a classé parmi les « pas bons », parmi les cancres, les « no future ».

Bon, j'exagère. Je vous fais marcher un peu. 

N'empêche, c'est seulement lors du deuxième ou troisième plan d'intervention que j'ai fini par comprendre pleinement les bienfaits de la démarche et, du coup, par apaiser mes peurs. J'ai finalement réalisé que ce plan était tout simplement un plan d'action annuel qui permettait d'assurer un suivi cohérent entre le personnel enseignant, les spécialistes, les parents et la direction de l'école. Grâce à ce plan, on s'assure qu'un enfant qui présente, par exemple, un trouble de l'attention ou une autre difficulté, recevra tout l'encadrement nécessaire, et ce, année après année.

Finalement, c'est une très bonne chose. Je pense que la moitié des enfants ont un plan d'intervention, si ce n'est pas tous. Et je compatis avec l'équipe de profs qui doit en travailler un coup pour produire ce document. C'est très lourd pour l'enseignant.

Mais entre vous et moi, il me semble qu'on pourrait simplement renommer la démarche. « Plan d'intervention », ça fait peur. Moi, j'appellerais ça un « plan de développement » ou, plus poétique, comme dirait ma collègue, un « plan d'éclosion » !

Et vous, comment renommeriez-vous le plan d'intervention pour lui rendre justice ?

9/14/2013

Nicole veut tout savoir : quels seront les prochains défis pour les familles québécoises?

Certaines idées de certains ministres font couler beaucoup d'encre (ai-je besoin de préciser de quoi je parle ?), alors que d'autres — pourtant plus nécessaires — risquent de passer inaperçues alors qu'elles pourraient véritablement être bénéfiques.

En 2014, ce sera le 20e anniversaire de l'Année internationale de la famille. Pour cette occasion, Nicole Léger, la ministre de la Famille, lance une consultation publique pour se faire une idée plus juste du portrait familial d'aujourd'hui. Elle nous demande de participer à une consultation en ligne. Le sondage prend environ dix minutes.

L'une des questions porte sur les principaux défis que devront affronter les familles au cours des cinq prochaines années. J'en ai identifié deux :

Les soins aux personnes âgées en perte d'autonomie et en fin de vie

Il ne faut pas oublier que nous, les parents, sommes aussi les enfants de quelqu'un. Nos parents vieillissants auront besoin de soins. Pour certains de mes amis sans enfants, cette étape a déjà eu lieu ou est en cours, et c'est un moment épuisant, drainant, très difficile. Quand on doit, en plus, gérer des enfants au quotidien, c'est une pression supplémentaire qui s'ajoute à cette étape de la vie.

Les services aux personnes âgées et malades doivent être au cœur de nos préoccupations. Les histoires d'horreur que j'entends à ce sujet me font frissonner. Notre société semble parfois ne plus savoir quoi faire de ses aînés, ni comment les accompagner avec dignité. Avec les enfants, ce sont les personnes les plus vulnérables, et voilà qu'on les « parque » dans des établissements qui échappent parfois à la législation, qu'on les trimballe d'un hôpital à un autre, ou qu'on leur sert des repas sans saveur. Leurs enfants se débattent dans un labyrinthe de procédures complexes en même temps qu'ils vivent des émotions difficiles. Un projet pour assurer la dignité des personnes âgées nous concerne tous. Nous serons les prochains sur la liste... et ensuite, nos enfants. Oui, un jour, nos enfants tout mignons deviendront vieux eux aussi.

La santé mentale des familles

Au quotidien, on fait des blagues : « As-tu pris ton Prozac ? », ou on sourit en parlant de l'apéro qui finit par ressembler à une demi-bouteille de vin par soir. On cherche une soupape pour tenir debout. Il n'en demeure pas moins que la dépression, le burn-out ou l'épuisement nous guettent. Le rythme de nos vies est intense, les inquiétudes sont envahissantes et, pour bien des gens, le sentiment d'isolement plombe tous les efforts pour rester à la surface.

Les problèmes de santé mentale ont de multiples causes, mais ses impacts sur la qualité de vie familiale sont directs et sournois. Quand un parent souffre, cela peut marquer plusieurs générations... il n'est pas nécessaire de commettre un geste fatal pour anéantir une famille. Nos enfants aussi ont besoin d'aide. D'excellents programmes comme S'équiper pour la vie permettent aux jeunes de mieux se connaître et de développer des stratégies pour faire face aux difficultés. Nos aînés, eux aussi, ont besoin de ce soutien.

Bref, il y a certainement des tonnes d'autres défis, mais pour moi, ce sont les plus importants car ils touchent à peu près tout le monde.

Selon vous, quels seront les prochains défis de la famille ?

9/08/2013

Un enfant n'est pas un trophée de bowling

J'ai plusieurs amies qui n'ont pas eu d'enfants. Des amies de filles, des amis de gars ; ils et elles sont toutes et tous dans la quarantaine maintenant. En fait, je pense que j'ai davantage d'amies sans enfant que l'inverse.

Elles ne sont pas nécessairement malheureuses de cette situation. Elles ont eu des deuils à faire, des questionnements, surtout dans la trentaine. Mais sans vouloir parler à leur place, je dirais que mes amies sans enfant ont généralement des angoisses existentielles qui ressemblent aux miennes. La grande différence, c'est qu'elles n'ont pas à se préoccuper du sort d'une marmaille. Règle générale, à moins que je ne me trompe, la quarantaine semble apporter une certaine sérénité face au fait de ne pas avoir eu d'enfant. Cela ne veut pas dire qu'on n'a pas certains regrets ou certains questionnements (le fameux what if...), mais le gros de la question semble réglé.

Je vous raconte tout cela après avoir lu ce texte de Madame Chose. Elle répond à une correspondante fictive qui, âgée de 45 ans et célibataire, exprime l'envie d'avoir un premier enfant. La dame écrit :

« Cependant, j’éprouve ce désir profond qu’un enfant m’appelle "maman" et qu’il me saute dans les bras lorsqu’il a de la peine (...) Quand les gens me demandent si j’ai des enfants et que je leur réponds "non", un sentiment de honte et de regret m’envahit souvent. Comme si ma vie était incomplète. Je répète donc ma question : quand est-il temps de renoncer à notre maternité et d’en faire le deuil ? »

« Vie incomplète ». J'ai accroché sur ces mots. Cette dame fictive, qui existe peut-être, croit qu'un enfant pourrait compléter sa vie. Et pourtant, il y a tant de gens qui ont eu des enfants et qui portent en eux ce même sentiment d'incomplétude. Les enfants ne comblent rien. À mon sens, on ne devrait pas faire des enfants pour se rendre heureux, pour compléter sa vie ou pour s'offrir un petit quelque chose.

Au contraire, on devrait déjà éprouver un sentiment de satiété face à sa propre vie pour être capable de donner la vie à un autre. Un enfant n'est pas un trophée de bowling, ce n'est pas une récompense, ce n'est pas une petite poupée qu'on exhibe fièrement aux passants. Et si l'on est assez solide soi-même comme être humain, on réussira à créer une relation saine avec cet être à qui l'on a donné la vie.

Peu importe votre âge, si vous avez envie de faire un enfant pour « décorer » votre vie, je vous dirais d'attendre. Voyagez, étudiez, amusez-vous. Vous vous rendrez peut-être compte que vous n'aviez pas besoin d'en avoir pour trouver votre équilibre. Vous aviez peut-être besoin d'autre chose. 

C'est très bien de ne pas avoir d'enfant. C'est beaucoup mieux que d'en faire et de les rendre malheureux. Trop d'enfants sont nés simplement pour répondre à un besoin égoïste des parents. Oh, je ne suis pas blanche comme neige dans cette histoire, mais le jour où j'ai vu naître mon aîné prématurément — tout chétif, pesant à peine quatre livres — j'ai compris. On fait des enfants pour donner. Point.