6/20/2010

Les pères redéfiniront-ils la parentalité?







Il y a quelques semaines, je vous parlais du documentaire de Dana H. Glazer intitulé The Evolution of Dad.   J'ai finalement eu le privilège de le visionner et je vous le recommande fortement.

Lui-même devenu père à la maison après la naissance de son premier enfant, Dana H. Glazer a été confronté à la difficile réalité qu'il nous fait découvrir dans son film : aux États-Unis, être père à la maison est très mal vu.  Depuis la révolution industrielle au 19e siècle, le rôle du père est de subvenir aux besoins financiers de sa famille et dans un univers où le « self-made man » est roi, ce rôle est d'autant plus accentué : pour réussir, il doit travailler sans relâche et se désengager de la famille.  Une homme qui ne passe pas tout son temps à travailler n'est pas un homme.  Les préjugés sont tenaces : un homme à la maison est un paresseux ou sans-emploi. 

Or, en ce début du 21e siècle, les mentalités se diversifient un peu même si cette image de l'homme pourvoyeur y demeure solidement ancrée.  Pourtant, les plus jeunes hommes, de la génération Y ou « Millenial » (18-29) sont en quête d'équilibre plus que jamais et veulent être présents pour leur famille. Or, dans une Amérique qui n'a aucune mesure pour faciliter la vie des parents (pas de programme national de congé de maternité ou de congé parental payé), cette génération réussira-t-elle à faire basculer les mentalités?  Les pères finiront-ils par se prévaloir de leurs congés de paternité (certains ont droit à 12 semaines sans rémunération) ou mieux, obtiendront-ils un jour un congé payé (la Californie a un tel programme depuis 2002)?  Mieux encore, les pères seront-ils un jour socialement reconnus en tant que parents au même titre que les mères? Car au fond, dans cette Amérique qui se fait parfois avant-gardiste dans bien des domaines, les rôles parentaux sont encore défini de manière très traditionnelle et le père n'est pas entièrement reconnu pour ses compétences parentales.



Or, comme l'explique le Dr. Michael Kimmel, un sociologue américain pro-féministe, il faudra peut-être une trentaine d'années pour faire évoluer la situation, mais il est convaincu que les jeunes garçons d'aujourd'hui seront des pères beaucoup plus intégrés au sein de leur famille et que ce sera naturel pour eux.  Il sera normal pour eux que leurs conjointes poursuivent leurs aspirations professionnelles tout en ayant des enfants.  Ce ne sera plus une question à débattre, mais plutôt un état de fait qu'il faudra soutenir avec les mesures sociales appropriées.

Dans une étude récente menée par le Boston College Center for Work and Family, « The New Dad: Exploring Fatherhood Within a Career Context » (pdf) on a interviewé une trentaine de nouveaux papas pour qui un « bon père » ne se définit plus par sa capacité à remplir son rôle de pourvoyeur, mais plutôt par sa disponibilité auprès de ses enfants.

Ici, au Québec, les mentalités évoluent et le congé parental y joue un grand rôle, même s'il demeure l'apanage des femmes.  Par contre, selon un sondage récent mené par Workopolis et rapporté dans Les Affaires, 56% des pères québécois accepteraient une diminution de salaire de 10% pour pouvoir passer 10% plus de temps avec leurs enfants.  Dans le reste du Canada, le nombre de pères qui restent à la maison augmente depuis quelques années.

Par ailleurs, quand on constate qu'un père dont le bébé meurt in-utéro n'a droit à aucun congé ici au Québec (ou ailleurs), je me dis que la difficulté de reconnaître les compétences parentales des pères est tenace. Or, si les 30 ou 40 dernières années de féminisme ont amené les hommes à se rapprocher du nid familial un peu malgré eux, cette fois, prendront-ils les devants pour aller plus loin? Affirmeront-ils enfin haut et fort la nécessité de reconnaître l'importance de leur implication au sein de la cellule familiale? Se positionneront-ils clairement pour que la conciliation travail-famille concerne vraiment l'ensemble de la société?

Sur ce, les papas, bonne fête et passez une très belle journée!

3 commentaires :

  1. Les femmes ont mis du temps à faire avancer leurs causes. Les hommes n'y arriveront pas du jour au lendemain non plus, mais c'est en train de changer et c'est une excellente chose.

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  2. maman toute croche6/22/2010 7:16 a.m.

    Je m'intéresse au sujet depuis un bout de temps et il semblerait que souvent, un des obstacles majeur à la plus grande implication des papas dans la vie familiale est la maman, pas toujours, mais souvent. Les mères qui trouvent une grande valorisation à l'être ont tendance à ne pas encourager, voire à décourager les efforts d'implications paternelle lors des premiers mois de vie de l'enfant. Évidemment, que les pères soient davantage reconnus dans leur rôle, par d'autres institutions que la famille, ne peut qu'aider ces mamans à leur laisser la place qui leur revient et donc je pense en effet que les choses ne peuvent qu'évoluer positivement en ce sens.

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  3. Ouin... disons que, quand ils n'avaient pas 2 semaines payées pour rester à la maison, ils ne faisaient pas. Mais c'étaient parce qu'ils gagnaient plus de revenus. Même maintenant, ils sont loin de représenter 1% des papas qui prennent au moins 6 mois pour s'occuper de leur enfant. Quand on y pense, ils profitent vraiment de la "libération" des femmes : contraception, liberté sexuelle, emploi féminin (donc revenu additionnel), congés parentaux payés. Ce pourquoi les femmes se sont battues longtemps et qu'elles ont payé cher. Tout ça en une quarantaine d'années pour les hommes et en 2000 ans pour les femmes. Et tout ce dont ils profitent, ben ce ne sont pas eux qui l'ont demandé, ce sont les femmes. À réfléchir. :(

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