2/04/2007

Le choix

Mon début de semaine allait commencer sans histoire quand j’ai reçu un commentaire d’une ancienne collègue de classe qui voyait dans mes propos un jugement défavorable à l’égard des mères qui choisissent de rester à la maison pour éduquer leurs enfants. Chère amie, je te cite :

J'ai invité plusieurs de mes connaissances à prendre part à ton forum, mais ce n'est pas tout le monde qui est prêt à prendre la plume et à assumer ses opinions... Alors voilà... plusieurs m'ont dit interpréter tes prises de position comme un acharnement sur les filles et femmes qui ont choisi un parcours différent du tien... Elles se disent que si l'affirmation de leur bien-être et bonheur à se consacrer à 100% à l'éducation de leurs enfants t'agresse autant, ne serait-ce pas, parce qu'elles «viennent te chercher» comme on dit... qu'elles t'amènent à te remettre en question sans le vouloir??? Tu dis que ce qui t'agresse profondément c'est lorsque tu sens que cette apologie laisse entrevoir que c'est la seule et unique option de salut, que tu n'en as rien contre ces filles, comme moi, qui ont choisi de mettre leur carrière en veilleuse, ou entre parenthèses pour quelques années... C'est bizarre, plusieurs filles comme moi, des bachelières en administration, des filles qui ont une maîtrise, des ingénieures, se sentent plutôt dénigrées (…) [Lire la suite]

Au risque de te décevoir, je ne me sens ni menacée ni agressée par celles, qui comme toi, ont décidé de mettre la carrière de côté. Je devrais peut-être te retourner la question : en quoi, précisément, mon discours te menace-t-il? En quoi vous sentez-vous dénigrées? En ce qui me concerne, il s’agit de votre choix et si celui-ci vous satisfait – à toi et à tes amies - vous devriez l’assumer pleinement. Comme je disais à M. Thériault de St-Constant, le choix en lui-même est irréprochable et personne ne devrait vous donner l’impression que vous valez moins socialement qu’une femme ou un homme qui a décidé de poursuivre ses aspirations professionnelles.

Mais si dans l’apologie de votre choix vous dénigrez à votre tour les parents – pères ou mères – qui continuent de travailler tout en ayant des enfants, là je me sens interpellée. Croyez-vous sincèrement et franchement que les familles traditionnelles ont le monopole du bonheur et que la présence constante d’un parent à la maison est une garantie absolue d’épanouissement familial? Si certaines de nos aînées ont sacrifié leur couple parce qu’elles travaillaient, j’en connais d’autres qui ont tout perdu dans un divorce et puisqu’elles n’avaient jamais travaillé, ont vécu sous le seuil de la pauvreté pendant de nombreuses années. Et j’en connais d’autres qui ont deux ou même trois enfants et qui pourtant, ont continué de travailler, sans pour autant détruire leur couple ou la vie de leurs enfants. Si nous passons notre temps à juger de nos choix, nous n’avancerons pas bien loin. Pour ma part, je crois qu’il nous reste beaucoup de chemin à parcourir pour trouver le modèle idéal de conciliation famille-travail et ce, malgré les avancées des quinze dernières années.

L’important, ce serait de pouvoir se permettre de vrais choix selon nos convictions personnelles. Que celles qui désirent rester à la maison puissent le faire sans perdre leur emploi de manière définitive et sans avoir à renoncer entièrement à leur autonomie financière. Que rester à la maison ne soit plus que le choix d’un groupe privilégié. Qu’une mère monoparentale puisse aussi considérer cette option sans pour autant recourir à la sécurité sociale. Que celles qui souhaitent poursuivre leur cheminement professionnel puissent le faire sans pour autant dépenser tout leur salaire en services de garde, sans pour autant vivre stressées du matin au soir en songeant aux heures d’ouverture et de fermeture de la garderie ou en s’inquiétant de devoir manquer une journée de travail parce que le petit dernier a une otite. Je ne connais pas la solution ni son prix collectif, mais nous aurions intérêt à y réfléchir. À l'heure du débat sur les accommodements raisonnables, pourrait-on songer à une formule d'accommodement parental?

Chère amie, mon discours n’avait rien contre ton choix et celui de tes amies. Bien au contraire, je constate que ce choix vous a coûté beaucoup et je me demande comment ce choix pourrait devenir moins coûteux sur le plan individuel.

Ce que je questionne, plus fondamentalement, c’est la latitude dont nous disposons pour choisir.

1 commentaire :

  1. À lire tous ces messages, J'ai l'impression que les femmes de notre génération (35-45) vivent un dans un paradoxe. D'un côté, les idéaux de jeunesse où le rêve de la femme de carrière vous a promener d'un banc d'école aux balbutiements d'une carrière prometteuse. De l'autre, le modèle maternel de nos mères qui étaient à la maison, nous préparait le dîner et nous attendait au retour de l'école.

    Aujourd'hui, je sens que malgré les choix assumés d'un modèle de vie, un côté de vous souhaite le modèle que n'avez pas choisi. Comme si votre petit diable et votre ange gardien se disputaient votre conscience.

    La beauté de notre société (bien qu'imparfaite) réside dans la liberté de choisir notre modèle de vie. Choisir de rester à la maison est un choix très honorable. Choisir de concilier la carrière et la vie de famille est un choix très courageux.

    En tant que papa et conjoint d'une enseignante, je vis les deux. Je dois admettre que je suis beaucoup plus impliqué dans la vie familiale durant l'année scolaire. Durant l'été, je ne voix pas mes filles le matin, car elles se lèvent à 8h. Durant l'année scolaire, nous déjeunons tous ensemble et je vais les reconduire à l'école et à la garderie.

    Mon message s'adresse à toute les mamans: Soyez fiers de votre choix. Quel qu'il soit, il est merveilleux et a permis a de nombreux mousses de pointer leur nez sur le monde. C'est ça qui est important.

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